Un arrêté et une instruction récente étendent les contrôles d’amiante naturel aux carrières alluvionnaires. Voici ce que ce sujet change réellement, et ce qu’il ne change pas, pour un jeune diagnostiqueur qui cherche son premier poste.
Un amiante différent de celui que vous recherchez dans un logement
La certification que vous venez d’obtenir porte sur l’amiante mis en œuvre dans la construction : flocages, calorifugeages, plaques, mais aussi peintures et mastics de fenêtres anciennes, un point détaillé dans notre article sur les obligations du diagnostiqueur en rénovation. Ce risque-là, vous savez le repérer.
Un autre existe, plus discret depuis un chantier de diagnostic classique. Il s’agit de l’amiante naturellement présent dans certaines roches, transporté par les cours d’eau et retrouvé dans les granulats extraits en carrière alluvionnaire. Ce n’est pas une fibre posée par l’homme. Elle appartient à la roche elle-même, depuis toujours.
Une méthode d’analyse propre aux matériaux naturels
L’arrêté du 3 juin 2025 modifiant l’arrêté du 1er octobre 2019 relatif aux modalités de réalisation des analyses de matériaux et produits susceptibles de contenir de l’amiante, aux conditions de compétences du personnel et d’accréditation des organismes procédant à ces analyses ajoute une annexe consacrée aux roches, galets alluvionnaires, granulats, ballasts et autres produits minéraux comme les sables, les limons ou les argiles. Le texte fixe la méthodologie à suivre pour repérer les objets géologiques susceptibles de contenir de l’amiante naturel.
L’analyse d’un granulat ne ressemble pas à celle d’un flocage. Elle suppose des observations géologiques, une reconnaissance des familles minéralogiques concernées, puis un passage en laboratoire selon un protocole spécifique à ces matériaux. Rien à voir avec un prélèvement dans un sous-sol d’immeuble.
En France, l’accréditation des organismes qui réalisent ce type d’analyses relève du COFRAC, l’instance nationale d’accréditation. C’est un niveau d’exigence supérieur à celui d’un cabinet de diagnostic classique.
Ce n’est pas la carrière qui produit l’amiante, c’est la roche qu’elle exploite. Un bassin versant qui draine des massifs contenant certaines familles minéralogiques transporte des fragments de cette roche vers l’aval, où ils se déposent sous forme de galets, de sables ou de graviers. Une carrière alluvionnaire installée en aval de ce type de massif hérite donc du risque géologique, même si son activité se limite à l’extraction et au criblage.
226 carrières sous surveillance, 60 en priorité
Un cadre analytique ne sert à rien sans terrain à couvrir. Une instruction du ministère chargé de la transition écologique, datée du 3 août 2026, demande aux préfets d’étendre à 226 carrières alluvionnaires en exploitation la démarche engagée en 2024 sur 16 sites de catégorie 1 où le BRGM avait pré-expertisé la présence d’amiante dans le gisement. Parmi ces 226 sites, 60 doivent faire l’objet d’une caractérisation prioritaire.
Pour les 16 premiers sites, les exploitants avaient déjà été appelés à :
- évaluer et prévenir l’exposition professionnelle à l’amiante, y compris pour les entreprises extérieures ;
- rechercher la présence de fibres d’amiante dans l’air à proximité des carrières ;
- analyser le risque lié aux produits commercialisés ou transformés issus des carrières ;
- protéger les consommateurs, les riverains et l’environnement.
Les carrières désormais concernées exploitent des gisements d’alluvions situés dans des bassins versants où la géologie est propice à la présence naturelle d’amiante : Garonne, Isère, Loire, Dordogne, Adour, Durance, Rhin, Rhône, Tavignano, Vilaine, Golo, Fium Orbu, Charente. Si votre recherche d’emploi vise le sud-ouest, la vallée du Rhône, la Corse ou l’ouest de la France, ce sujet touche directement les territoires que vous visez.
Un métier d’analyste, pas un poste de repérage classique
Les analyses prévues par l’arrêté du 3 juin 2025 relèvent d’organismes accrédités, avec un personnel dont les compétences sont définies par ce même texte. Ce n’est pas la certification que vous détenez pour intervenir avant-vente ou avant-travaux dans un logement. C’est un profil plus proche de la géologie, qui s’acquiert en général après plusieurs années en laboratoire ou en bureau d’études spécialisé.
Si ce créneau vous intéresse à terme, il se construit après une expérience de terrain. Un diagnostiqueur qui a passé plusieurs années à repérer l’amiante dans le bâtiment, puis qui s’oriente vers un laboratoire, peut évoluer vers ce type d’analyse. Ce n’est pas un point d’entrée dans le métier. C’est une spécialisation qui vient après.
Pour un jeune certifié qui sort de formation, ce sujet n’ouvre donc pas de poste immédiat. Il mérite d’être connu. Il montre que le risque amiante déborde largement du bâtiment, et que certains employeurs qui recrutent pour du repérage classique élargissent aussi leur activité vers l’amiante environnemental. Savoir distinguer amiante mis en œuvre et amiante naturel aide à mieux se présenter face à un recruteur, un point qui compte particulièrement pour un premier contact quand on est salarié débutant.
Ce que ça change concrètement pour votre recherche
Le premier poste reste, pour la grande majorité des jeunes diagnostiqueurs, un poste de repérage amiante avant-vente, avant-travaux ou avant démolition dans le bâtiment. C’est là que se trouve l’essentiel des embauches en 2026. Pas dans l’analyse de granulats en laboratoire.
Ce sujet reste néanmoins utile en entretien. Il montre que vous suivez l’actualité réglementaire au-delà du périmètre strict de votre certification, ce qui rassure un recruteur sur votre sérieux. Sur le volet rémunération, rien dans ces textes ne concerne directement les diagnostiqueurs du bâtiment : les grilles de salaire d’un premier poste en repérage amiante restent celles du marché classique du diagnostic immobilier, détaillées dans notre article sur le salaire d’un diagnostiqueur débutant.
Les régions qui recrutent le plus pour un premier poste restent celles où l’activité immobilière et la rénovation sont soutenues. Elles ne coïncident pas nécessairement avec les bassins versants cités par l’instruction sur les carrières alluvionnaires. Ce sont deux marchés distincts, qui répondent à deux risques distincts liés à l’amiante.
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