Le domaine du génie civil vient seulement d’entrer en vigueur. C’est le seul des six où le vivier d’opérateurs se constitue maintenant.
Un texte qui vient tout juste de s’appliquer
L’arrêté du 4 juin 2024 encadre le repérage de l’amiante avant certaines opérations réalisées dans les immeubles autres que bâtis, c’est-à-dire les ouvrages de génie civil, les infrastructures de transport et les réseaux divers. Son article 15 fixe son entrée en vigueur au 1er juillet 2026, les dispositions relatives à la formation des opérateurs s’appliquant, elles, dès la publication du texte.
C’est le plus récent des six domaines issus du décret du 9 mai 2017, et cette jeunesse est toute la question. Là où le repérage en immeubles bâtis compte des milliers d’opérateurs installés de longue date, celui-ci part d’un vivier qui se constitue en ce moment même.
Se positionner sur un domaine dont le texte vient d’entrer en vigueur, c’est arriver avant que le marché ne se peuple.
Ce que recouvrent les ouvrages visés
Le champ est plus large que l’expression « ouvrages d’art » ne le laisse entendre. L’article 1er vise les immeubles autres que bâtis, en renvoyant à la norme NF X 46-102 pour la méthodologie du repérage.
- Les ponts, viaducs et tunnels, y compris leurs galeries techniques.
- Les infrastructures de transport : chaussées, ouvrages ferroviaires, plateformes.
- Les réseaux divers, dont les canalisations et les réseaux enterrés, où l’amiante-ciment a été employé pendant des décennies.
Ce sont des ouvrages que le diagnostic immobilier ne croise jamais, et dont l’entretien obéit à des programmes pluriannuels d’investissement public, sans rapport avec le rythme des transactions immobilières.
Deux portes d’entrée, dont une inhabituelle
L’annexe II de l’arrêté prévoit deux profils d’opérateur. Le premier est celui du professionnel titulaire de la certification avec mention en repérage d’amiante dans le bâtiment, à un niveau au moins équivalent au niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles.
Le second est celui du professionnel justifiant d’au moins trois années d’expérience technique dans les ouvrages de génie civil, les infrastructures de transport ou les réseaux divers. Dans les deux cas, l’attestation de compétence prévue par l’arrêté du 23 février 2012 sur la prévention des risques liés à l’amiante est exigée.
Cette seconde voie mérite d’être soulignée : elle ouvre le domaine à des profils venus des travaux publics autant qu’à des diagnostiqueurs déjà certifiés. Pour un professionnel du diagnostic, l’avantage tient à ce qu’il détient déjà la première porte d’entrée.
Une demande qui ne dépend pas du marché du logement
C’est l’argument central pour qui subit la contraction du volume de transactions. Un pont, un tunnel ou un réseau enterré se rénove selon l’état de l’ouvrage et selon le budget de son gestionnaire, pas selon le nombre de ventes signées dans le département.
Le patrimoine d’infrastructures français est étendu et vieillissant, et son entretien s’inscrit dans des cycles longs. La diversification vers ce domaine protège donc réellement, au lieu d’élargir un catalogue exposé aux mêmes aléas.
La rémunération suit la rareté
Le raisonnement est le même que sur les autres domaines spécifiques, avec un effet amplifié par la nouveauté du texte : peu d’opérateurs formés, des chantiers qui ne peuvent pas démarrer sans repérage préalable, et des donneurs d’ordre publics dont les calendriers supportent mal le retard.
Aux conditions de base s’ajoutent les compensations propres à ce type de chantier : indemnités de déplacement et de grand déplacement, primes d’astreinte, majorations pour travail de nuit ou en horaires décalés. Sur les ouvrages de transport, l’intervention a souvent lieu pendant les fenêtres de fermeture, donc la nuit ou le week-end.
Des lieux qui ne ressemblent à rien d’autre
C’est l’attrait que citent le plus souvent ceux qui basculent. Le repérage se pratique à l’intérieur des tabliers de ponts, dans les galeries techniques des tunnels, sur des réseaux enterrés ouverts pour l’occasion, sur des ouvrages partiellement déposés.
Les contreparties sont à la hauteur et il serait malhonnête de les taire. Le travail en hauteur et en espace confiné est fréquent, les habilitations de site et les formations sécurité s’ajoutent à celles de l’amiante, et les fenêtres d’intervention imposées par l’exploitation de l’ouvrage commandent des horaires que peu de métiers connaissent. La coactivité avec les équipes de travaux publics demande par ailleurs une culture chantier que le diagnostic résidentiel n’entretient pas.
Ce qui change par rapport au bâtiment
Au-delà des lieux, c’est le cadre de travail qui diffère. Trois écarts se remarquent dès la première mission.
- L’ouvrage reste le plus souvent en service. On intervient sur un pont circulé, un tunnel exploité, un réseau en fonctionnement, ce qui conditionne l’accès, la durée et l’horaire de l’intervention bien plus que la difficulté technique du repérage.
- L’interlocuteur n’est plus un particulier au moment d’une vente, mais un gestionnaire d’infrastructure et une maîtrise d’œuvre. Le rapport s’intègre à un dossier de travaux, il n’accompagne pas une transaction.
- La documentation disponible n’est pas la même. On travaille à partir des dossiers d’ouvrage et des archives de maintenance, dont l’état de complétude varie fortement selon l’âge et le gestionnaire de l’ouvrage.
La méthodologie elle-même est encadrée par la norme NF X 46-102, à laquelle l’arrêté renvoie explicitement. Un diagnostiqueur habitué au repérage en immeubles bâtis retrouvera la logique générale, mais pas les habitudes.
Le bon moment
Un texte qui entre en vigueur crée une fenêtre courte, pendant laquelle la demande se met en place plus vite que l’offre de professionnels formés. Pour un diagnostiqueur déjà certifié en immeubles bâtis, la marche à franchir est sensiblement plus basse que pour n’importe qui d’autre.
C’est également le type de qualification qu’un employeur finance volontiers, puisqu’elle lui donne accès à des marchés publics qu’il ne peut pas adresser sans opérateur formé.
Sources
Décret n° 2017-899 du 9 mai 2017 ; arrêté du 4 juin 2024 relatif au repérage de l’amiante avant certaines opérations réalisées dans les immeubles autres que bâtis, articles 1er et 15 et annexe II ; arrêté du 23 février 2012. Textes consultables sur Légifrance.
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